Marseille : Forte mobilisation du médico-social devant l'ARS contre les propositions "iniques" d'AXESS et l'austérité

Les travailleurs sociaux dénoncent une "tragédie orchestrée", tandis qu'une délégation reçue par l'ARS réaffirme les revendications et l'opposition à Sérafin-PH.

Marseille, le 1er avril 2025 – Devant le siège de l’Agence Régionale de Santé (ARS), la « colère profonde » des professionnels du secteur social et médico-social marseillais a résonné avec force ce mardi. Répondant massivement, comme partout en France, à l’appel de la Fédération CGT de la Santé et de l’Action Sociale, ils étaient nombreux à exprimer leur « détermination sans faille ». « Nous sommes ici aujourd’hui […] non pas pour une mauvaise blague, mais pour dénoncer une TRAGÉDIE ! », a lancé Didier Zika, délégué syndical central CGT de l’ARI, lors d’un discours enflammé devant l’ARS. Une « tragédie orchestrée par ceux qui veulent démanteler nos services, briser nos métiers, et abandonner les plus fragiles de notre société ! ».

« Trop c’est trop ! », clame le communiqué fédéral de la CGT, un sentiment largement partagé par les manifestants qui refusent de travailler dans des « conditions indignes ». Leurs secteurs sont décrits comme étant en « souffrance chronique », sacrifiés sur l’autel de la « rentabilité », du « sous-financement » et de « l’inaction politique ».

Au cœur de la colère : les propositions de la confédération patronale AXESS, formulées dans le cadre des négociations pour une Convention Collective Unique et Étendue (CCUE). Qualifiées de « PROVOCATION ! » et de « déclaration de guerre à nos droits les plus élémentaires ! », ces propositions jugées « indécentes » prévoient notamment une réduction drastique des congés et un allongement potentiel du temps de travail. « Quelle efficacité espèrent-ils d’un personnel épuisé, en surchauffe ? […] voilà ce qu’ils préparent, » s’inquiètent les professionnels. Le projet d’abandonner la reconnaissance de l’ancienneté pour un salaire « à la tête du client » est aussi fustigé, car il « ne vise qu’à diviser, mettre en compétition, et rompre la solidarité entre collègues. ». La stratégie patronale de renvoyer les négociations au local est vue comme « une manœuvre pour nous mettre en concurrence et tirer tout vers le bas ! ». Face à ces propositions, la CGT a « claqué la porte des négociations », marquant son refus de discuter sur ces bases.

La réforme SERAFIN-PH portée par l’État est l’autre source majeure d’inquiétude, dénoncée comme une « logique comptable ABSURDE ». « La tarification à l’acte, cette même logique qui a mis l’hôpital public à genoux, on veut nous l’appliquer ! », pouvait-on entendre parmi les manifestants. Cette orientation suscite d’autant plus d’incompréhension et de colère que le Président de la République, Emmanuel Macron, avait lui-même déclaré lors de ses vœux aux soignants en janvier 2023 vouloir « sortir de la tarification à l’activité dès le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale » pour l’hôpital. Son introduction dans le secteur médico-social apparaît ainsi comme une contradiction majeure aux yeux des opposants. « On nous demande de quantifier l’inquantifiable ! Comment comptabiliser le temps de la relation de confiance ? Le temps de l’apaisement d’une crise ? », s’interrogent amèrement les travailleurs sociaux.

Enfin, la question des moyens financiers a été soulevée avec force. Dénonçant l’austérité, les manifestants pointent les « CHOIX POLITIQUES » derrière le manque de ressources : « Il y en a, de l’argent, pour financer une Loi de Programmation Militaire […] Des milliards pour des armes, mais des miettes pour ceux qui soignent, qui éduquent, qui accompagnent ! ». « NON, ce n’est pas un problème de manque d’argent ! C’est un problème de CHOIX POLITIQUES ! », a-t-on martelé lors du rassemblement.

Suite à la mobilisation, une délégation composée de représentants de la CGT et de collectifs de travailleurs sociaux a été reçue par la direction de l’ARS. Selon les participants, l’écoute a été attentive. Didier Zika a notamment pu exposer les préoccupations spécifiques concernant l’ARI, un point qui aurait suscité un intérêt particulier de la part de l’ARS. Cette dernière se serait engagée à faire remonter l’ensemble des revendications du secteur médico-social au ministère ainsi qu’aux directions nationales compétentes (DGOS et DGAS). Au cours de cet entretien, la délégation CGT a fermement réitéré son opposition à la réforme Sérafin-PH, annonçant d’ores et déjà que le syndicat boycotterait ce système de tarification à l’acte. La CGT a également réclamé des moyens conséquents pour une réelle revalorisation salariale, rappelant la perte de pouvoir d’achat de plus de 30% subie par les salariés du secteur ces 25 dernières années. Enfin, face à de nombreuses « dérives gestionnaires » constatées dans certains Établissements et Services Médico-Sociaux (ESMS), la CGT a exigé que l’ARS mandate des inspections plus fréquentes dans le cadre de son contrôle de gestion.

Face à cette situation, les revendications globales, portées nationalement par la CGT et relayées avec vigueur à Marseille, incluent l’application du Ségur pour tous, une CCUE ambitieuse (« qui tire vers le haut »), des embauches massives, la reconnaissance de la pénibilité et la retraite à 60 ans. Plus largement, les professionnels affirment porter « autre chose. Une vision. Celle d’un secteur qui soigne sans s’épuiser. Qui accompagne sans être comptabilisé minute par minute. ». Ils rappellent avec force : « Notre travail, ce n’est pas une variable d’ajustement. C’est le ciment du lien social. ».

Ce combat, soutenu par des syndicats européens, est loin d’être terminé. Le message était clair devant l’ARS : « Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la résignation. Nous sommes dans la résistance. ». La détermination est palpable : « Ils ne savent pas encore combien nous sommes déterminés. ». La CGT appelle à « maintenir et amplifier la mobilisation », car « le rapport de force est lancé ».

Ce 1er avril n’était qu’un tour de chauffe. Si l’Etat et Axess n’entendent pas nos revendications, les actions et les grèves continueront !

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